• Sous le Sahara : une nappe d'eau, grande comme deux fois la France, alimente les oasis du désert


    Il y a moins de 15 000 ans, le Sahara était une savane tropicale herbeuse qui s'est progressivement asséchée, laissant place au plus grand désert chaud de notre planète : une région souvent hostile, écrasée par le Soleil. Mais sous ce monde minéral et hostile se cache une nappe d'eau gigantesque qui alimente notamment les oasis et qui parvient en partie à se renouveler, malgré une pression humaine de plus en plus forte.
    Aujourd’hui, le Sahara se caractérise principalement par son aridité. La présence même des oasis semble surprenante. Rien ne laisse penser que sous cette gigantesque étendue de sable, il existe pourtant de grandes réserves d’eau douce. « C’est oublier qu’à des époques situées entre 50 000 et 4 000 ans avant nous, soit entre le Pléistocène et l’Holocène, le Sahara était vert et recouvert de lacs de grandes dimensions », rappelle Marie-Louise Vogt doctorante au Centre d’hydrogéologie et de géothermie de l’Université de Neuchâtel (CHYN), qui a soutenu sa thèse sur ce sujet en mai 2019.
    Jadis, lorsque le climat était plus favorable, d'immenses réserves d'eaux dites "fossiles" se sont accumulées, comme en témoigne le sous-bassin de Kufra situé entre la Libye et le Tchad. Il contient à lui seul un volume d’eau douce équivalant à une hauteur de 600 m d’eau sur toute la surface de la Suisse. Ce réservoir lui-même fait partie du grand bassin sédimentaire régional s’étendant entre la Libye, l’Egypte, le Soudan et le Tchad. Connu sous le nom d’Aquifère des Grès de Nubie, il a lui aussi bénéficié d’une recharge importante au cours de la période verdoyante du Sahara.
    Au total, le système aquifère[1] du Sahara septentrional s'étend sur une surface de presque deux fois la France métropolitaine et recèle, à plusieurs centaines voire milliers de mètres de profondeur, plus de 30 000 km3 d'eau, accumulée au cours des périodes humides qui se sont succédé depuis 1 million d'années. Ce réservoir d'eau souterraine, parmi les plus grands du monde, a permis le développement urbain et agricole des régions semi-arides de Tunisie, d'Algérie et d'une partie de la Libye au cours des trente dernières années.

    Des prélèvements d'eau toutefois non entièrement compensés

    La recharge moyenne de 1,4 km3 par an correspond à 40 % des 2,75 km3 prélevés au total chaque année dans la région, d'après les données de l'Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS). Par conséquent, 60 % des ponctions annuelles ne sont pas compensées. Malgré une recharge significative, le système aquifère du Sahara Septentrional demeure donc surexploité. D'autant plus que depuis les années 1960, les prélèvements n'ont cessé d'augmenter, afin de satisfaire la demande croissante de la part des différents secteurs socio-économiques : industrie, agriculture, tourisme, usage domestique[3].
    Ainsi, les puits et forages se sont multipliés et les retraits annuels sont passés de 0,5 km3 en 1960 à 2,75 km3 en 2010, entraînant un abaissement généralisé du niveau piézométrique, atteignant 25 à 50 m selon les endroits. De nombreux puits artésiens et sources naturelles, autour desquels se sont développées les oasis, se sont d'ores et déjà taris.
    La diminution de l'artésianisme, c'est-à-dire de la pression de l'eau au sein des nappes souterraines, risque d'impacter la viabilité de l'économie oasienne. En quantifiant la recharge actuelle, ces travaux permettront le développement d'outils de gestion raisonnée de cette ressource, dans l'attente de la mise en place de systèmes d'irrigation plus économes. L'enjeu est de taille : ces nappes devront pourvoir aux besoins croissants d'une population qui devrait atteindre 8 millions d'habitants d'ici 2030 d'après l'OSS.
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